ATIBT- Les concessions éco-responsables protègent les forêts et la vie sauvage qui les peuple

 

 

Entretien avec Mathieu Auger-Schwartzenberg, Coordonnateur Sous-Régional FSC pour le Bassin du Congo

 

 

ATIBT : Le FSC est une des organisations de la Sous-région qui est la plus vertueuse et la plus éthique. Pourquoi ?

Mathieu Schwartzenberg : Parce qu’elle est extrêmement exigeante. La preuve en est, c'est qu’elle est fort critiquée pour cela ! Le FSC se concentre surtout sur la prise en compte des droits des populations locales autochtones et une gestion plus responsable des forêts vis-à-vis de l’environnement.

 

ATIBT : Quel est le sens d’avoir une ligne de conduite si sévère alors qu’en Europe même son application poserait des problèmes, donc a fortiori dans des pays dont la taille est le déficit d’infrastructures finissent par limiter la mise en œuvre des standards ?

Mathieu Schwartzenberg : Nous sommes parfaitement conscients qu’ici plus qu’ailleurs il est extrêmement difficile d’être FSC ! Nous sommes dans le bassin du Congo, dans des zones considérées comme « à haut risque » pour le commerce et l’exportation des matières premières, il en va donc de notre crédibilité de s’assurer que toutes les garanties sont prises avant qu’un certificat puisse être délivré.

 

Une société qui veut obtenir le label de certification FSC dans la sous-région sait qu’il lui faudra au moins 4 à 5 ans de mise niveau pour pouvoir obtenir ce certificat de gestion responsable FSC. Jusqu’à présent, il n’y n’avait pas de représentation sous régionale, donc les informations remontaient directement au niveau de la maison mère, en Allemagne. C’est la raison pour laquelle nous n’avons pas choisi une démarche « pas à pas » : pour nous protéger au maximum des risques d’illégalité ou d’avoir des sociétés certifiées qui ne respectaient pas pleinement nos Principes et Critères. Avec une représentation sur place qui dispose de bonnes informations, il est possible que, d’ici peu, on puisse envisager de réfléchir à la possibilité d’une approche plus graduelle ou adaptée au contexte.

 

 

ATIBT : En Europe, les consommateurs sont de plus en plus avertis : comment leur faire savoir que l’équation « forêts tropicales = déforestation » ne correspond pas à la réalité d’un secteur privé dont certaines sociétés se sont sérieusement engagées dans des pratiques responsables, jusqu’à devenir des modèles ?

Mathieu Schwartzenberg : Les consommateurs des Pays d’Europe du Nord, tels la Suède, le Danemark, la Finlande, l’Allemagne, etc., conscientisés, sont beaucoup plus sensibles à l’empreinte écologique, à la consommation dite « éco-responsable » : les consommateurs vont eux-mêmes faire l’effort d’acheter un produit vertueux, c’est-à-dire, labellisé par une marque de certification environnementale. Dans les Pays d’Europe du Sud, type France, Espagne, Portugal, Italie, il n’existe aucune incitation fiscale pour les consommateurs, qui ne sont pas prêts à payer plus cher pour des produits vertueux. On constate une lacune de notre visibilité, que l’on est en train de renforcer par un programme marketing robuste s’appuyant sur toute une série d’outils de communication.

On travaille avec nos membres, comme le WWF, qui plaide pour l’utilisation du FSC comme étant le seul système crédible de certification forestière. De façon générale, la stratégie de nos membres c’est de faire parler les autres de nous ! Des organismes de recherche comme le CIFOR font des études sur les impacts du FSC dans les Pays tropicaux. Cela nous donne une publicité très positive, car basée sur une analyse scientifique. S’agissant de la communication et du broadcasting, là c’est surtout le WWF qui joue un rôle majeur dans la visibilité du petit arbre vert.

 

 

ATIBT : En effet, les auteurs de cette étude ont bénéficié de la disponibilité de certaines sociétés, membres de notre Association, qui ont souhaité rester anonymes. Maintenant, avec l’Accord de siège que la République du Congo a signé avec l’ATIBT, l’Association aura un représentant sur place – pour la première fois en 65 ans ! Comment envisagez-vous une collaboration ?

Mathieu Schwartzenberg : C’est une très bonne nouvelle ! Nous sommes également en cours de discussion pour la signature d’un Accord de Siège avec la République du Congo, en bien des points identiques à celui signé par l’ATIBT dernièrement ! Historiquement, l’ATIBT a beaucoup participé au développement des activités du FSC dans la sous-région, on lui doit notamment son appui technique et financier tout au long du processus de production de la Norme Sous Régionale FSC pour la certification des forêts du Bassin du Congo de 2012.

 

 

L’ATIBT a toujours été un véhicule de financement important pour le FSC dans la sous-région, donc les voies de collaboration immédiates resteront les mêmes : c’est-à-dire, mise en œuvre de projets communs, ou possibilité de financement via ATIBT d’activités FSC dans la sous-région. D’un point de vue plus stratégique, je pense que l’ATIBT participera au débat, en tant que représentant du Secteur Privé, dans la réflexion qui sera menée prochainement, sur le positionnement du FSC en République Démocratique du Congo, un pays représentant 80% des massifs forestiers de ce bassin tropical. Pour parler de collaboration immédiate avec l’ATIBT, nous organisons à Durban, en prémices au Congrès Forestier Mondial, un évènement de premier ordre, In Good Company, dédié à la communauté des professionnels de la Filière.

Cet évènement rassemble des membres emblématiques de la communauté FSC : les organismes internationaux de conservation et de protection de la nature (WWF, Greenpeace) et les Directions Générales de sociétés de rayonnement global. Une table ronde sera dédiée aux bois tropicaux et aux challenges actuels sur les marchés. Nous avons d’ailleurs convié l’ATIBT à faire partie du panel d’expert.

 

ATIBT : Quel est votre souhait pour les forêts tropicales de demain ?

Mathieu Schwartzenberg : Certaines études récentes ont analysé l’impact des pratiques responsables de foresterie mises en œuvre par les sociétés FSC sur les populations de grands mammifères. Le résultat est éloquent : dans les concessions FSC, le risque de braconnage est réduit comparativement aux autres concessions forestières aménagées, car le système de gestion et les moyens mis à disposition par les gestionnaires au profit de la conservation sont conséquents, et parfois, malheureusement, supérieurs à l’effort que peuvent consentir certains gestionnaires d’aires protégées. A titre d’exemple, les partenariats existants actuellement dans le Nord Congo, entre une ONG de conservation (WCS), l’Etat congolais et les sociétés certifiées (IFO, CIB-OLAM) permettent de lutter contre le braconnage, et de fait de contribuer au maintien des populations des grands mammifères.

On voit là toute l’importance d’accroître les concessions certifiées FSC, notamment autour des aires protégées, afin de protéger les forêts et la vie sauvage qui les peuple. Ces concessions jouent alors le rôle de zone tampon, ou de corridors écologiques. Le souhait principal du FSC est de conserver les forêts comme des refuges pour les populations et la vie sauvage, de conserver les services écosystémiques rendus par les forêts aux populations et aux organismes vivants. Aujourd’hui le challenge pour accroître les superficies FSC dans la sous-région est difficile, à moins d’impliquer les entreprises à capitaux chinois et asiatiques, majoritaires dans bien des massifs alloués à la production.

 

 

Pour d’amples informations, bien vouloir consulter la page web d’ATIBT: ICI

 

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