Xinhua: Le tourisme comme levier de l'économie gabonaise : l’ambitieux pari D’un Gabon vert

 

C’est conscient de son potentiel et de l'épuisement progressif de ses réserves primaires dont le pétrole qui a longtemps été la clé de voûte, que le gouvernement gabonais s’oriente graduellement vers une diversification de son économie.


Le tourisme apparaît indéniablement comme un des piliers de l’économie contemporaine. Mis en évidence et érigé en priorité par l'organisation Mondiale du Tourisme et par les pays du T20(le T20 regroupe les ministres du tourisme du G20), l’impact du tourisme sur les politiques économiques a déjà fait ses preuves dans plusieurs pays, la réussite remarquable d’un pays comme l’île Maurice (l'île Maurice a réussi en quelques années à s’imposer comme une destination touristique par excellence) devrait interpeller les acteurs économiques sur la nécessité d’accorder une place prépondérante à l’industrie touristique dans notre pays.

 

Le Plan stratégique dont le dessein est de faire du Gabon un pays émergent décline l’objectif de positionnement du Gabon comme une destination de référence en matière de tourisme durable autour d’un “Plan sectoriel Tourisme” articulé sur deux axes:

L’élaboration d’un plan opérationnel tourisme 2012-2016, et la formation aux métiers du tourisme et de la restauration.
En dépit de cette prise de conscience, il est évident que le Gabon tarde à mettre en place une vraie politique touristique orientée autour de l’ambitieux projet “Gabon Vert”.


Le développement de l écotourisme suffirait à encourager la diversification de notre économie. En effet, il peut devenir un élément clé de la reprise économique, favorable à la croissance à condition que les mesures gouvernementales d accompagnement soient effectives.

 

Quel impact, quel apport et dans quelle mesure une politique touristique efficace peut-elle insuffler une nouvelle dynamique à l’économie gabonaise?

 

LES ATOUTS DU TOURISME AU GABON


Le paysage gabonais dispose de nombreux atouts qui font de ce pays une cible touristique. Au coeur du Bassin du Congo, deuxième poumon de la planète, le Gabon possède une faune et une flore parmi les plus diversifiées au monde. On y trouve de nombreuses espèces animales parmi lesquels les emblématiques perroquets gris, les éléphants, les buffles ou encore le gorille dos argenté, les tortus luths, les antilopes etc. Les végétaux présents au Gabon sont multiples également. On dénombre par exemple, plus de 8 000 espèces différentes. La spécificité de la zone se traduit par la présence des espèces que l'on ne retrouve pas ailleurs: le Bahia (Mitragyna ciliata), l'Aloma ou le Bilinga d'eau (Nauclea pobeguinii), l'Ebiara (Berlinia bracteosa), le Zingana (Microberlina brazzavillensis), l'Idewa (Haplormosia monophylla), le Nogo (Lecomtedoxa nogo), etc. D'autre part, on y trouve beaucoup de fougères dont Cyathea camérooniana et C. manniana qui sont arborescentes. Les palmiers-raphia sont aussi des espèces caractéristiques des bords des cours d'eau et des bas-fonds.

 

A l’initiative du Gouvernement, le 04 Septembre 2002, 13 parcs nationaux furent créés:


- Le parc national d’AKANDA, situé au nord-est de la capitale (Estuaire) avec une superficie de 540 km².
- Le parc national de BIRIGOU, situé au sud du Gabon sur la frontière congolaise partagée entre les provinces de la Ngounié et l’Ogooué Lolo, avec une superficie de 690 km².
- Le parc national de l’IVINDO, situé au centre du Gabon dans la province qui porte le même nom (Ogooué Ivindo), avec une superficie de 3000 km².
- Le parc national de LOANGO, situé dans l’Ogooué-Maritime avec 1550m² de superficie.
-Le parc national de la LOPE, situé également dans la province de l’ogooué Ivindo, avec une superficie de 4970 km².
-Le parc national de MAYUMBA, situé dans la province de la Nyanga avec 80 km².
-le parc national de MINKEBE, situé dans une partie du Woleu-Ntem et de l’Ogooué Ivindo avec 7560 km² (est le parc le plus grand du Gabon).
- Le parc national des MONTS DE CRISTAL, situé dans la province de l’Estuaire avec 1200 km².
- Le parc national de MOUKALABA-DOUDOU, situé dans la province de la Nyanga avec 4500 km².
- Le parc national de MWAGNA, situé dans la province de l’ogooué Ivindo avec 1160 km².
- Le parc national des PLATEAUX BATEKE, situé dans la province du Haut-Ogooué avec 2050 km².
- Le parc national de PONGARA, situé dans la province de l’Estuaire avec 870 km².
- Et le parc national de WAKA, situé dans la province de la Ngounié avec 1070 km².

L’ensemble de ces parcs nationaux recouvrent 3 millions d’hectares, soit environ 11,25% du territoire.
La création de ces 13 parcs avait pour but ultime de favoriser un développement intelligent de l’écosystème.
De par sa situation en bordure de l’Océan Atlantique, le Gabon dispose de plus de 800 km de côtes, en plus d’un domaine maritime estimé à 265.000 km2. Par cette position, la zone côtière concentre près de 60% de la population et une part importante des activités économiques nationales.

 

Le Gabon comporte une pluralité linguistique, divisée en sous-groupes. Les recherches des professeurs Jérôme T. KWENZI-MICKALA (chercheur au CENAREST ) et Lolke J. Van der Veen (Linguiste et maître de conférence université lumière Lyon 2), s’accordent sur environs 52 parlers relevant de onze groupes linguistiques qui sont principalement:
FANG, MYENE, PUNU, NZEBI, TSOGHO, KOTA, TEKE, MBETE, KONGO, MAKA, et BAKA.

 

Chacune des ces ethnies a des coutumes propres, spécifiques et clairement définies, des croyances, des rites et une littérature orale, etc. On parle par exemple du NGIE et le MVETT chez les Fang, du NDJOBI chez les Téké et les Obamba, du BWITI et du MWIRI chez les Pygmées, les Simba et les Tsogho, la circoncision chez les Kota, la naissance des jumeaux et les masques traditionnels entre adoration et crainte d’une ethnie à une autre. C’est ainsi que les peuples “MASAÏ” du Kenya, et les “ZULU” d’Afrique du Sud attirent en masse chaque année les visiteurs étrangers pour leur riche patrimoine culturel.

 

Parmi les principaux sites touristiques que compte le Gabon, on en recense principalement 10, parmi lesquels:
- L'hôpital au nom du Dr Albert Schweitzer, situé à environ 250 km de Libreville dans la province du Moyen-Ogooué. A Lambaréné, connu aussi pour son lac AVARO,


- La POINTE DENIS, située à seulement 30 minutes en bateau de la capitale gabonaise. Connue pour ses bungalows, ses restaurants à bordure de l'océan et ses tortues luths.
- La réserve de la LOPE (désormais un des treize parcs nationaux), qui a d’ailleurs été inscrit en 2007 au patrimoine mondial de l’UNESCO. C’est de loin le parc le plus connu du Gabon avec ses gravures rupestres, le Mont-Brazza, ses bungalows et ses espèces animales (buffles, mandrills, éléphants…).
- Le Cap Estérias, situé à 70 km de Libreville avec ses plages et ses restaurants.
- La Nyonié, située également à 70 km de Libreville. Lieu idéal pour un campement en brousse et pour faire du safari.
- GAMBA, situé à 260 km de la capitale économique gabonaise, Port-gentil. Connue pour ses baleines, ses hautes vagues (idéale pour les fanatiques du surf), ses pêches sportives, ses safaris…,
- Le Parc de Lékédi, connu pour la préservation et l'élevage des espèces locales ou importées.
- Le Loango, situé à 180 km de Port-Gentil : une vingtaine de bungalows, savanes, lagunes et océans.
S’ il est incontestable que les avantages du tourisme au Gabon au vu de sa diversité sont importants et indénombrables, il n’en demeure pas moins que ce secteur rencontre encore d’énormes difficultés.

LES FREINS AU DÉVELOPPEMENT DU TOURISME AU GABON
A l’opposé de nombreux pays voisins du Continent, le Gabon fait figure d’élève modèle par sa stabilité politique et l’absence de conflits armés. Mais les difficultés sont essentiellement d’ordre infrastructurel.

 

En effet, l’accès à certains sites est un véritable chemin de croix pour les touristes, faute de routes praticables, il est quasi impossible d'accéder à bon nombre de sites. Certains parcs comme celui de l’Ivindo, de Minkébé ou encore celui des Monts de Cristal nécessitent quelques fois l’emprunt d’un hélicoptère pour s’y rendre. Ce qui rend très coûteux les déplacements vers ces endroits. Le parc le plus célèbre du Gabon (parc national de la Lopé) ne dispose même pas d’une route digne de ce nom, on ne peut quasiment y accéder de manière fiable que par le moyen de locomotion le plus classique c’est-à-dire en voiture.

 

Ainsi, le système de transport demeure un handicap majeur pour le développement du tourisme. Le déficit de structures d’accueil est également un souci non négligeable. Si le Gabon dispose d’environ 400 structures hôtelières, il est nécessaire de préciser que près de la moitié de ces hôtels est concentrée sur la capitale, Libreville. Ce qui justifie une capacité d’accueil quasi nulle sur les sites touristiques et de son corollaire la restauration. Le positionnement géographique des dites structures met en évidence les carences en matière d’investissement de ce côté bien que ce soit un besoin qui se doit d’être satisfait. Il s’agira d'équiper les autres provinces de structures suffisamment autonomes et organisées pour régir les politiques environnementales.

 

Ensuite, nous pouvons noter des problèmes liés à la qualité des services et le niveau de qualification de la main d’oeuvre. Le Gabon brille par une insuffisance de main d’oeuvre qualifié dans le secteur du tourisme. L’essor du tourisme dans notre pays passe ainsi par la vulgarisation de ces métiers liés à l'environnement.

 

C’est à ce juste titre que le RAPAC (Réseaux des Aires Protégés en Afrique Centrale) observe: “Une absence d’harmonie et de normes dans les formations aux métiers du tourisme nécessaires à une qualité supérieure de produits d’écotourisme: manque de capacité, de compétences et de formation officielle certifiée ou d’un programme de qualification des services touristiques dans l’hôtellerie, le guidage et la gestion des visites”.

 

Malgré la mise en place d’une Agence Nationale des Parcs Nationaux (ANPN) dont les principales missions sont la réglementation, l’élaboration des plans d'aménagement, et la gestion de recettes liées aux treize parcs nationaux, la future mise en place d’une agence nationale du développement du tourisme qui aura en charge la direction des projets touristique, leur financement, et la recherche des partenariats, ainsi que la présence sur place des ONG environnementales telles que la World Conservation Society et le World Wildlife found depuis plusieurs années ; il demeure pourtant une absence criarde d’avancement du projet touristique concernant ces parcs.

 

En effet, il y a de quoi s'interroger sur la léthargie dans laquelle est plongée le gouvernement gabonais dans ce secteur. Nonobstant, des chiffres pas très éloquents présentés en 2011 par le Compte Satellite du Tourisme (CST) soit 100 000 touristes recensés entre 2006 et 2011. Une vraie politique sur le tourisme au Gabon tarde à voir le jour.
Le tourisme tel qu’il est pratiqué aujourd’hui est un tourisme de luxe, et non pas un tourisme de masse, tant les prix des transports et des hôteliers restent élevés. En dépit de ces problèmes, ce secteur présente de nombreux débouchés économiques et sociaux.

LES ENJEUX ET LES EFFETS DU TOURISMES AU GABON
Les enjeux dans le secteur du tourisme sont aussi considérables, qu’il serait urgent que les autorités jettent définitivement leur dévolu dans ce secteur.

 

En effet, le développement du tourisme est forcément générateur d’emplois. Pour l’Afrique du Sud par exemple (d’après l’Organisation Mondiale du Tourisme), il représente 5,1 % du PIB national. Ce secteur d’activités est l’un des contributeurs majeurs de l’économie sud-africaine. Avec pour particularité d’irriguer l’ensemble du territoire national, de résister mieux que d’autres aux impacts de la conjoncture économique, et d’ouvrir l’accès au marché du travail à tous les niveaux de qualification. Le secteur du tourisme doit s’affirmer comme un maillon fort de la lutte contre le chômage. La valorisation du tourisme au Gabon entraînerait à son tour la création de milliers d’emplois directs et indirects, dans les secteurs de l’hôtellerie, la restauration, les transports, le commerce, etc.

 

Ensuite, l’essor du tourisme va déclencher la mise en valeur de l’arrière-pays (Hinterland). Et favoriser la dynamisation des activités économiques locales comme par exemple l’ouverture du marché artisanal au monde extérieur. Et cela aura pour effet direct de stopper un autre phénomène, l’exode rural. Car il n’est plus nécessaire de constater le nombre de ruraux qui délaissent leur village à la recherche de l’emploi vers les capitales.

 

Enfin, les enjeux économiques du tourisme sont multiples et se mesurent de diverses façons: flux de touristes, déplacements et dépenses de transport, flux financiers, emplois créés, investissements engagés, les recettes qu’ils procurent aux professionnels du tourisme. Ce dynamisme manquant aujourd’hui à l’économie touristique au Gabon reste envisageable et ce par la mise en place par le législateur de règles pour encadrer et encourager par des politiques publiques la venue d’investisseurs dans le secteur.


Le tourisme est une activité peu exploitée au Gabon et son développement semble subir une inertie sans pareil. Ce secteur pourrait pourtant rapporter à notre pays deux fois plus de devises que le secteur agro-alimentaire. Mais c’est aussi une activité qui a des conséquences importantes pour l’espace, d’autant qu’il concerne le plus souvent des zones rares et convoitées, notamment le littoral, les hautes montagnes, les réserves naturelles etc.

 

Par ailleurs, le développement du tourisme et ses bienfaits ne sera possible que s’il s’adresse d’abord à chacun de nos compatriotes car les premiers touristes sont les Gabonais eux-mêmes résidents qui doivent venir à la rencontre de leur culture et de leur patrimoine. Aussi, des initiatives promotionnelles comme il existe déjà pour l’arboretum Raponda qui invite chaque week-end les Librevillois à venir découvrir gratuitement les diverses espèces d’arbres; sont à encourager et à pérenniser. Elles permettront d’attirer de nombreux visiteurs et d’offrir une meilleure visibilité de ces havres de paix.

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