Le Centre de production de biofertilisants du RAFM - Une entreprise sociale verte en plein essor

Par : Julie Gagoe, Adam Diouf, Marie Françoise Ngo Baneg, Jean Calvin Amba

Contexte

carte de vœux RAFM

Carte de vœux RAFM - cliquer pour agrandir

Depuis 2013 est créé à Abong-Mbang, dans la région de l’Est-Cameroun, un Centre de production de biofertilisant. Initié par le RAFM avec le soutien du MAECD1 et de Cuso International dans le cadre du projet Business Eco-Agricole pour l’Adaptation au changement climatique (B-ADAPT), le Centre de production de biofertilisants est un embryon d’entreprise sociale verte gérée dans le but d’accroître la sécurité alimentaire, la résilience et le développement économique des acteurs communautaires dans les Forêts Modèles. Il se présente comme une réponse du RAFM aux problèmes d’accessibilité aux intrants des petits producteurs et à la nécessité de développer des intrants non polluants, compatibles avec les certifications biologiques et organiques de plus grands producteurs.
Le Centre de Production de biofertilisants d’Abong-Mbang est mis sur pied alors qu’aucun des problèmes cruciaux de la fertilité des sols africains en général et ceux des sols camerounais en particulier n’est encore résolu. Ce sont des sols disposant en majorité d’une fertilité fragile qui est facilement perdue une fois mis en culture (Environ 60% au Cameroun) et souffrant toujours de graves problèmes d’acidité, de carences et déficiences en éléments minéraux et de toxicité aluminique et ferrique (Segalen, 1967 ; Duchaufour, 1983; Aihou et al, 1998). Les engrais minéraux considérés comme la solution adéquate aux problèmes de fertilité de part et d’autre dans le monde, enregistrent encore et un taux la consommation très faible dans l’ensemble de l’Afrique sub-saharienne (2 à 3% selon Kelly and Naseem, 2009) et les petits agriculteurs constituant l’essentiel des producteurs agricoles ne sont pas suffisamment outillés pour utiliser les intrants minéraux. Ce phénomène est cruellement constaté dans les zones urbaines et périurbaines où d’importantes quantités d’engrais minéraux sont utilisées, surpassant rapidement les doses recommandées (Gockowsi, 2000) et représentant un danger incontestable autant pour l’environnement que pour la santé des consommateurs. Sur un autre plan, le recyclage des matières organiques, proposition naturelle pour compenser les pertes d’éléments minéraux dues à la production agricole présente des limitations quant à la disponibilité de ces matières organiques à temps et en quantité suffisante (Druilhe and Barreiro-Hurlé, 2012), la main d’œuvre importante nécessaire pour leur utilisation, le coût du transport ainsi que la qualité de ces dernières qui peuvent parfois contenir des éléments toxiques (exemple: déchets agroindustriels).
Plusieurs chercheurs tergiversent toujours entre quelques alternatives lorsque le Centre de Production de Bio-fertilisants d’Abong-Mbang est créé. Parmi ces solutions, l’utilisation des micro-symbiotes du sol (champignons mycorhiziens, rhizobiums et autres microorganismes du sol). En effet, ces microorganismes sont dotés de capacités extraordinaires à fixer l’azote atmosphérique, à faciliter l’assimilation des éléments minéraux, particulièrement le phosphore et à lutter contre les maladies, la sécheresse et les stress environnementaux (Davet, 1996 ; Mousain et al, 1997 ; Jeffries et al, 2002; Kittiworawat et al, 2010). Si cette solution semble osée à l’origine, elle commence à se révéler incontournable lorsque, afin de préserver l’environnement et la santé des consommateurs, la demande des produits bio sur les marchés internationaux et nationaux s’intensifie. Ainsi, bien que la création du Centre de Production de biofertilisants à base de mycorhizes2 réponde d’une certaine manière à l’incitation du gouvernement camerounais concernant ses partenaires privés à implanter des usines de production d’engrais biologiques, elle est une ébauche de solution aux problèmes fondamentaux de production agricole, de protection de l’environnement et de conservation de la santé des hommes, en Afrique en particulier et dans le monde en général.

Quelques résultats du Centre

Biofertilisants

Dr Planchette, expert international agronome et microbiologie du sol et
des mycorhizes, présentant un sac de biofertilisant de 10kg dans
la salle de stockage

Biofertilisants

Employés du Centre de production procédant au mélange du substrat
destiné à la production du biofertilisant mycorhiziens

Biofertilisants
Biofertilisants
Quelques produits du Centre de biofertilisants mycorhiziens

 

Création d’emploi pour les jeunes

Dans la région de l’Est et spécifiquement en milieu urbain tel Abong-Mbang, 5,4% d’hommes et 10,4% de femmes de 15 et 64 ans est touchée par le chômage (Données de l’Institut National de Statistique, 2012)3. L’un des objectifs majeurs du Centre était alors de contribuer à court, moyen et long terme à la réduction de ces chiffres en créant de l’emploi et une source de revenu à cette tranche de la population. Ainsi donc, de juillet à décembre 2014, avec la pérennisation de la production, 20 personnes (dont 60% de femmes) sont employées à temps plein par le Centre. Très motivés, ces jeunes assurent subvenir aux besoins de leur famille grâce aux revenus tirés de leur travail dans cette localité où, exceptés quelques emplois de bureau, les jeunes sont majoritairement soit désœuvrés, soit engagés dans le périlleux métier de moto-taximan contre un revenu minable. Un système de tontine est en cours de développement afin de consolider l’esprit de solidarité parmi les employés.


Augmentation de la demande et de la production des biofertilisants

Biofertilisants

Mise en place d’une pépinière de cultures vivrières avec un bac témoin et un bac inoculé pour s’assurer de l’efficacité du biofertilisant

De 200kg de biofertilisants produits de mars à août 2014, le Centre est passé à 2 000kg de septembre à novembre afin de répondre à la demande des producteurs des Forêts Modèles, de satisfaire les commandes des associations, des individus, des producteurs agro industriels. Compte tenu de la demande sans cesse croissante, le but du RAFM à moyen et long terme est de produire suffisamment de biofertilisants pour l’ensemble des utilisateurs (distributeurs et grossistes, particulier, structures étatiques, entreprises), notamment les producteurs et productrices des Forêts Modèles dans une optique de renforcement de l’agriculture et d’extension. Une production d’environ 20 tonnes est actuellement en cours et pourra être disponible en début février 2015.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Développement d’une stratégie de vente et pérennisation du Centre

Vulgarisation de l’information sur l’utilisation des biofertilisants
Des supports de communication (étiquettes, prospectus, affiches, etc.) produits en français et anglais sont distribués aux partenaires, associations paysannes et individus afin de vulgariser le produit. Des formations sont assurées aux Points Focaux, producteurs Forêts Modèles et autres consommateurs pour l’adoption, la maîtrise et la vulgarisation des techniques de production agricole à base de mycorhizes.

biofertilisants

Basée sur l’entreprenariat social du RAFM, le Centre voudrait satisfaire les besoins du plus grand nombre et de la plus grande variété de producteurs agricoles possibles en biofertilisant de qualité, à faible coût, nouveau, accessible même dans les communes rurales, augmentant les rendements et compatibles avec les certifications organiques et biologiques. Un service d’accompagnement technique et de suivi aux clients complètera la stratégie afin d’assurer l’utilisation efficace et efficiente du produit par le consommateur. Les revenus du Centre proviendront aussi bien de la vente aux clients individuels (producteurs de l’espace Forêts Modèles, autres producteurs), entreprises (distributeurs et grossistes, boutiques de vente de produits phytosanitaires et engrais), du gouvernement (Ministère de l’agriculture et programme/projets agricoles) que des formations/services complémentaires que nous leurs proposerons.
Développement de partenariats et consolidation de la relation avec le gouvernement du Cameroun

En juillet 2013, suite à une audience entre le Ministre de l’Agriculture et du Développement Rural (MINADER) et l’équipe du RAFM, ce premier soulignait son souhait de voir étendre sur le territoire national, la mise en place des Centres de production des biofertilisants et leur utilisation par les communautés rurales. Un accompagnement technique des délégués communaux du MINADER contribue à la pérennisation des acquis et l’appropriation des techniques éco-agricole et l’utilisation des biofertilisants par les producteurs. Le MINADER a alloué gratuitement de terrain de 2ha au RAFM qui permet de tester et s’assurer de l’efficacité (champ témoin et champ expérimental) des biofertilisants mis à la disposition du public. Une convention d’entente de collaboration est en cours de signature entre le MINADER pour l’émergence de Centre de production de biofertilisant sur l’ensemble du territoire national. Dans le même ordre d’idée, une collaboration est en cours d’officialisation entre le RAFM et le projet FOSAS (Forest Savannah Sustainability) développés et mis en œuvre par les universités (Kyoto, Yaoundé I, Douala et Dschang) et l’Institut de Recherche Agricole pour le Développement (IRAD) dans le but de développer et vulgariser les filières de production

Succès du biofertilisant dans les fora

Avec un investissement minimum, le RAFM suscite beaucoup d’intérêt dans les foires, auprès des FM, des producteurs agricoles, etc. L’on a ainsi noté un grand succès des produits auprès des visiteurs du stand dans le cadre de la 14e réunion des partenaires du PFBC (8 au 9 octobre 2014 à Brazzaville) et la 5e édition du Salon International de l’Entreprise, de la PME et du Partenariat de Yaoundé (Promote - 6 au 14 décembre 2014 à Yaoundé).

Leçons et perspectives

Le Centre de production des biofertilisants du RAFM voudrait marquer le passage d’un projet à une entreprise sociale verte qui se veut pérenne, économique, rentable et viable. Il témoigne de la stratégie de développement d’un réseau d’entreprises sociales solidaires au sein des Forêts Modèles et de développer en très peu de temps des conditions de transformation et de création de richesses à l’échelle rurale. Pour les prochaines années, le RAFM voudrait consolider les résultats déjà obtenus via les actions principales suivantes :
Produire assez de biofertilisants pour satisfaire la demande des producteurs agricoles des autres régions de l’Ouest, du Nord-Ouest, du Centre (Zones de grande concentration des agriculteurs au Cameroun) et autres pays (RDC, Congo, RCA, Nigéria, etc.). En moyenne, le RAFM espère produire 20 tonnes de biofertilisants en février 2015 et 70 tonnes/an à partir de 2016. A raison de 20 000FCFA/sac de 20kg, le RAFM espère un chiffre d’affaire de 40 000 000 FCFA en 2015 et 140 000 000 FCFA en 2016 ;
Les revenus et profits obtenus seront systématiquement réinvestis et redistribués aux autres utilisateurs notamment les producteurs Forêts Modèles en termes de : organisation dans la vente groupée, accompagnement en technique éco agricole, de semences améliorés, acquisition de moyens de transports locaux, d’augmentation du fonds de micro-crédit pour accroître le nombre de prêts octroyés à un plus grand nombre de producteurs ;
Mettre un focus sur la mobilisation des ressources et commercialisation du produit ;
Mettre en place une équipe à temps plein sur la production et commercialisation;
Créer un laboratoire bien équipé pour les analyses et mettre en place un dispositif scientifique pour le suivi des performances pédologiques, agronomiques et écologiques du produit ;
Promouvoir la production et l’utilisation des biofertilisants au cours des conférences et foires exposition organisées par le RAFM et ses partenaires.

Références bibliographiques :

AIHOU K., BUCKLES K., CARBKYS J., DAGBENONBAKING G., ELEKA A., FAGBOHOUN F., FASSASSAI R., GALIBA M., GOKAI G., OSINAME O. VERTEEG M., VISSOH P. 1998― Cover crops in West Africa: Contributing to Sustainable Agriculture. IDRC, Canada. 318pp.
DAVET P., 1996. Vie microbienne du sol et production végétale. Ed. INRA, Paris.383 p.
DRUILHE Z. and BARREIRO-HURLE J. 2012― Fertilizer subsidies in sub-Saharan Africa. ESA working paper N° 12-04 July 2012. Agricultural Development Economics Division. Food and Agriculture Organisation of United Nations. 72 p. W.W.W. fao.org/economic/esa.
DUCHAUFOUR, P., 1983. Abrégés de pédologie. Masson. éd.2. 224 p.
JEFFRIES P., GIANINAZZI S., PEROTTO S., TURNAU K., BAREA J-M. 2002― The contribution of arbuscular mycorrhizal fungi in sustainable maintenance of plant heath and soil fertility. Biol Ferti Soils (2003) 37: 1-16.
KELLY V.A. and NASEEM A. 2009― Fertilizer use in sub-Saharan Africa: types and amounts- AGRICULTURAL SCIENCES- Vol.II Edited Rattan Lal. 211-222. UNESCO- EOLSS SAMPLE CHAPTER. Encoclopedia of life support Systems (EOLSS) 498 p.
KITTIWORAWAT S., YOUPENSUK S., RERKASEM B. 2010― Diversity of Arbuscular Mycorrhizal Fungi in Mimosa invisa and Effect of the Soil pH on the Symbiosis. Chiang Mai J. Sci. 2010; 37(3):517-527.www.science.cmu.ac.th/josci.html.
MOUSAIN D., MATUMOTO-PINTRO P., QUIQUAMPOIX H. 1997―Le rôle des mycorhizes dans la nutrition phosphatée des arbres forestiers. Rev. For.Fr. XLIX- nosp. 1997. 67-81 pp
SEGALEN P., 1967. Les sols et la géomorphogie du Cameroun. Cah. ORSTOM, Serie Pédol. V (2). Pp 137-187.

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