Les forêts du Bassin du Congo et la FAO : des racines profondes en faveur d'un avenir durable

 

Dan Rugabira, Coordonnateur sous-régional FAO pour l'Afrique centrale et Représentant de la FAO au Gabon et à Sao Tomé et Principe

Chaleureuses salutations aux lecteurs d’InfoNews à Libreville, au Gabon. Mes fonctions dans cette sous-région me ramènent à 1990, lorsque, en tant que jeune Responsable des opérations forestières de la FAO, j'avais été chargé de l'exécution d'un programme d’appui à l'Organisation Africaine du bois alors basée à Libreville, au Gabon. Ma mission dans cette sous-région étant achevée, je peux désormais revenir sur les réalisations de la FAO dans le Bassin du Congo dans le domaine forestier au cours des deux dernières décennies et en tirer quelques conclusions préliminaires par rapport à l'avenir.

 

Bassin du Congo : Deuxième poumon vert de la planète

D’une superficie de quelques 300 millions d’hectares1, le Bassin du Congo est la deuxième plus grand massif de forêt tropicale du monde. Il s'étend sur la République Démocratique du Congo, à travers la majeure partie de la République du Congo, au Sud-est du Cameroun et au Sud de la République Centrafricaine jusqu’au Gabon et en Guinée équatoriale. Il couvre également, dans une moindre mesure, une partie du Rwanda et du Burundi.

 

Appui aux institutions, en commençant par la capacité

 

Le soutien de la FAO dans le domaine forestier dans la région a été centré sur l'aide au pays membres afin de leur permettre d’établir des institutions fortes qui peuvent gérer de manière durable leurs nombreuses ressources naturelles au profit des générations présentes et futures. Dans les années 1990, la FAO a fortement soutenu l'idée d'une institution régionale qui veillerait sur les intérêts du Bassin du Congo, proposée dans le cadre du Plan d'Action Forestier Tropical.

Cette nécessité d’institutions nationales et régionales fortes pour la gestion durable des forêts du Bassin du Congo a été reconnue par la FAO. L'Organisation a ainsi tracé une nouvelle voie avec son soutien initial lors de la Conférence sur les écosystèmes de forêts denses et humides d'Afrique Centrale, une organisation faitière constituée de partenaires et de la société civile engagés dans la conservation des forêts qui englobe également des organisations internationales telles que l'Union internationale pour la Conservation de Nature et le World Wildlife Fund d’alors. Cependant, il est vite devenu évident qu'une institution officielle regroupant les pays membres du Bassin était nécessaire. Après plusieurs consultations, la Commission des forêts d'Afrique Centrale (COMIFAC) a été créée en 1999 par le Sommet des chefs d'État. Elle est entrée en vigueur en février 2005, et a toujours bénéficié du soutien de la FAO. Aujourd'hui, elle constitue une organisation régionale établie et un partenaire fiable de la FAO, pleinement reconnue aux niveaux sous-régional et mondial par l'ensemble des acteurs clés dans le secteur de la foresterie.

Les fondamentaux : la planification, la politique et le soutien juridique

Historiquement, les pays membres avaient des politiques nationales de gestion diverses qui n’intégraient pas toujours la durabilité comme priorité. La FAO a appuyé le Plan de Convergence comme un moyen permettant d'harmoniser les politiques des pays membres relatives aux ressources forestières, en mettant l'accent sur ​​la durabilité et la participation communautaire dans la gestion des ressources, et comme une réponse positive à la résolution de l'Assemblée Générale des Nations Unies pour le soutien aux pays impliqués dans le processus de Yaoundé.

Un soutien supplémentaire a été fourni pour harmoniser les politiques et les codes forestiers des pays membres, ainsi que pour prêter des capacités pour la formulation des politiques nationales. Ce processus est en cours au Cameroun, en République centrafricaine, au Congo, en République démocratique du Congo et au Gabon, et la direction de la FAO en est vivement appréciée.

Les pays de la COMIFAC sont également soutenus par la FAO dans la conception de systèmes de surveillance nationaux, qui leur fournissent des données essentielles sur les ressources forestières nationales et constitueront la base d’une planification forestière et  de l'élaboration de politiques plus robustes. Pour les pays qui souhaitent participer à la REDD+, ces systèmes couvrent toutes les exigences en matière de surveillance et de mesure, de reporting et de vérification (MRV) conformément aux accords internationaux, ainsi que ceux établis par la Convention-cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques.

Sécurité alimentaire et contribution des forêts

Bien que la contribution des forêts à la sécurité alimentaire ait longtemps été sous-estimée, les activités de la FAO dans la sous-région ont démontré l'importance des produits forestiers non-ligneux pour la sécurité alimentaire des communautés vivant dans les forêts et dans la fourniture d’avantages sociaux pour de nombreuses familles qui y vivent.

Programmes financés par la FAO promeuvent les produits forestiers non ligneux et ont permis aux pays membres d'exploiter les connaissances à la fois sur leur potentiel et leurs contraintes. Ce soutien s'est étendu au renforcement des capacités, à travers la création de petites entreprises pour l'utilisation et le commerce des produits forestiers non ligneux. Certaines expériences de la FAO partagées lors de la Conférence internationale sur les forêts pour la sécurité alimentaire et la nutrition en mai 2013 ont été tirées de cette région. Cela comprend le rôle essentiel des insectes forestiers dans l'alimentation des populations locales.

Perspectives...

L'augmentation de la consommation d'insectes constitue seulement un aspect à fort potentiel d'expansion dans la région. Avec un soutien supplémentaire de la FAO, les connaissances autochtones et des entreprises pourraient être davantage développées pour s'assurer que les initiatives locales génèrent des avantages directs aux habitants de la forêt. L'épuisement rapide de la faune forestière constitue un autre sujet de préoccupation qui a incité la FAO et des partenaires à mettre en œuvre un programme de gestion durable de la faune et de réglementation de la chasse pour la viande de brousse.

La COMIFAC a atteint une certaine maturité et peut fournir des conseils à ses pays membres, à négocier en leur nom et attirer des ressources et des investissements importants dans le secteur. Bien que n'étant pas seules dans la réalisation de ces changements, les contributions de la FAO sont remarquables et appréciées à la fois par les gouvernements et les communautés locales, et elle entend poursuivre son engagement vis-à-vis de la région.

... et identification des défis

Cependant, les activités futures appellent à un changement d'orientation : La FAO doit recentrer son soutien dans tous les aspects de la foresterie et de l’adaptation et l'atténuation face aux changements climatiques, en particulier dans les négociations difficiles en cours sur le climat. La gestion durable efficace des forêts dans la région est réalisable, mais elle doit commencer par le renforcement des capacités. Cet aspect est essentiel si nous voulons responsabiliser la communauté des habitants de la forêt et ceux vivant à proximité des forêts et garantir leur droit à une vie décente grâce aux revenus issus des forêts. Si ces communautés restent au centre de nos objectifs de développement et de notre engagement dans la région, la FAO sera en mesure de relever honorablement les défis futurs.

En savoir plus sur les systèmes de suivi et de surveillance (en français) de la REDD+.

 

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